Dimanche 15 juin 2008 7 15 /06 /Juin /2008 20:26

Pendant son activité professionnelle, tout individu cherche à s’épanouir dans l’entreprise, à donner sa meilleure contribution pour la faire prospérer, lui faire gagner des marchés.  Mais, il s’attend bien évidemment - et peut être naïvement ? - à obtenir en retour une juste récompense en rapport avec l’investissement qu’il donne et les améliorations et résultats qu’il observe.

C’est tout du moins ce qu’il faudrait logiquement pour qu’il y ait une bonne efficacité de fonctionnement dans nos entreprises.

Mais qu’en est-il en 2008 de ces récompenses dans nos entreprises industrielles françaises ?

Evolutions des récompenses dans les entreprises :

Depuis de nombreuses années, dans les entreprises modernes, les dirigeants cherchent à associer les salariés aux résultats de l’entreprise, de façon à les motiver et par ce biais à améliorer le fonctionnement et les résultats, et par voie de conséquence augmenter les bénéfices. Certains dirigeants ont très bien compris et intégré ce principe, d’autres moins. On peut citer les dispositions d’encouragement suivantes :

-         L’intéressement des salariés aux bénéfices instituée par le Général de Gaulle en1959 , plus tard complétée en 1967 par la « participation » obligatoire pour les entreprises de plus de 50 salariés, et ce en dépit de l’avis opposé du patronat (CNPF) de l’époque.

-         les primes fixes diverses conditionnées par des fins de réalisation de travaux

-         les opérations de type « boite à idées » dépendant des bénéfices escomptés

Le 26 mai 2008 le Président de la République a annoncé sa décision de faire voter  dès juillet 2008 une loi incitant fiscalement les entreprises à  doubler en 4 ans l’intéressement des salariés, mesure encouragée grâce à un crédit de 20% d’impôt sur les sommes supplémentaires versées.            

Récemment, depuis une dizaine d’années et vraisemblablement sous l’influence des pratiques dans les entreprises américaines, un nouveau principe  a fait son apparition : la distribution de droits de souscriptions, plus connus sous l’appellation de « Stock - Options ».

Récompense des Managers par distribution de Stock Options :

A ce jour, la plupart des grandes sociétés ont mis en place ce genre de récompense, mais l’ont essentiellement limité aux managers, aux décideurs.

Ce qui correspond à une distribution à une certaine catégorie de salariés  ayant des positions hiérarchiques élevées. On peut considérer qu’environ 1 à 5% des individus sont concernés. Il existe des exceptions comme SAP AG qui les distribue à 100% du personnel.

Pour bien se rendre compte de l’importance de ces récompenses, considérons les entreprises du CAC40. Un récapitulatif a été établi par le journal l’Expansion en mai 2007 – source (1) -

Des indications sont données pour 36 des 40 sociétés. Sans prendre en compte les récompenses données aux hauts dirigeants qui sont nettement plus importantes, faisons quelques moyennes, donc uniquement sur leurs Managers :

- Pour les 5 entreprises les plus généreuses - Vallourec, Veolia environnement, Vinci, AGF, LVMH : 3 782 personnes au total, soit 756 par entreprise ont perçu des stock-options et ont chacune une plus- value potentielle de 809 000 euros pour l’année considérée, en plus du salaire.

- Pour les 36 entreprises : 46 842 personnes au total, soit 1300 personnes par entreprise, ont perçu des stock options et ont chacune une plus value potentielle moyenne de 196 500 euros pour l’année considérée, en plus du salaire.

Il s’agit d’un cliché, à un instant donné, en l’occurrence en mai 2007, et ces valeurs dépendent, bien sûr, des évolutions journalières des cours respectifs de Bourse de ces entreprises.

Plus précisément, ALSTOM, grande entreprise dynamique de 65 000 salariés bien souvent citée en exemple, donne dans son rapport annuel le détail des distributions de stock- options aux managers 

– voir  page 52 du rapport Annuel 2006-2007 consultable sur son site internet (2) -

Au plan 7 de juillet 2004 exerçable en 09/2007, 1007 personnes (hauts dirigeants exclus) ont perçu 2 783 000 stock options, soit en moyenne 2750 stock- options par personne, données au prix de 17,2 euros.

La plus- value potentielle moyenne par individu, en juin 2008, est de (140 x 2750) = 385000 euros.

Soit une récompense de près de 400 000 euros, en plus du salaire annuel (estimons le à 120 000 €) pour chacun des 1007 bénéficiaires.

En conséquence et sauf erreur, à titre de récompense pour leur bon management, ALSTOM octroie à 1007 managers  une récompense équivalente à 3 fois leur salaire annuel, pour le travail de l’année considérée.

Rémunération supplémentaire des Inventeurs Salariés :

Les inventeurs réalisant des inventions d’intérêt exceptionnel, c'est-à-dire générant des chiffres d’affaires importants dans les sociétés sont infiniment moins nombreux que les managers cités plus haut. On peut  estimer leur nombre à seulement 2 à 4 par société du CAC 40 comparativement aux 1300 managers/société cités plus haut.

Le nombre total d’inventeurs cités dans les brevets déposés par chaque société du CAC 40 est lui aussi très faible en regard des effectifs de ingénieurs, chercheurs de la R&D et de cadres techniques et technico-commerciaux susceptibles de concevoir et de réaliser des inventions brevetables.

A l’échelle nationale on peut estimer à 20 000 tout au plus le nombre de co-inventeurs et d’inventeurs cités dans les brevets français et européens déposés par l’industrie et la recherche françaises, qui comptent entre 600 000 et 1 million de cadres, de techniciens, de chercheurs et d’ingénieurs susceptibles d’inventer lors de leurs fonctions !

Leur invention  permet en général de générer du CA supplémentaire et des bénéfices substantiels, compte tenu de la moindre concurrence dans cet environnement protégé par le (ou les) brevet(s) en question.

« Les inventions sont les vitamines de la société » a fort justement déclaré en septembre 2007 en présentant son projet de loi de Finances Mme Christine LAGARDE, actuel Ministre de l’Economie, de l’Industrie et des Finances.

Ces inventeurs par leurs activités inventives contribuent dans une proportion souvent considérable aux résultats de la société. Compte tenu des difficultés propres  à la conception et à la mise au point d’inventions brevetables et industriellement exploitables, il n’est pas inexact d’estimer que toutes choses égales par ailleurs, leur mérite inventif est supérieur  à celui – réel sans doute, mais d’une autre nature et qui relève essentiellement de la routine du travail quotidien – des nombreux managers cités plus haut. Lesquels ne font bien souvent qu’appliquer les politiques et stratégies définies par les dirigeants des états- major du Groupe.

Quelle est la rémunération supplémentaire donnée à ces inventeurs ?

Dans le cas des sociétés du CAC 40, comme dans les autres sociétés sauf exception, les rémunérations supplémentaires sont dérisoires, voire même inexistantes dans certaines sociétés. Dans le cadre de la loi du 26 novembre 1990 (article L. 611-7 du Code de la propriété intellectuelle) compte tenu du caractère obligatoire de la rémunération supplémentaire d’invention on trouve fréquemment comme rémunération supplémentaire d’invention - sauf dans des cas particuliers de type Air Liquide - des sommes symboliques de l’ordre de 1000 euros, parfois 2000 euros versés lors des extensions des demandes de brevets à l’étranger.

En fait, en regard des chiffres d’affaires et des profits souvent importants, parfois colossaux (dans l’industrie pharmaceutique on appelle « blockbusters » les nouveaux médicaments brevetés qui génèrent des chiffres d’affaires supérieurs à un milliard de dollars) une simple aumône donc,  est accordée une fois pour toutes et non pas annuellement comme les stock options.

Certains inventeurs prenant leur courage à deux mains osent contester et réclamer des rémunérations supplémentaires plus en rapport avec les CA générés par leur invention, c’est-à-dire avec l’intérêt économique de leur invention.

Comme cela est du reste expressément prévu par des conventions collectives comme celle de la Chimie et comme cela a été confirmé par l’arrêt Raynaud c/ Hoechst Roussel Uclaf du 21 novembre 2000 de la Chambre commerciale de la Cour de cassation.

En guise de réponse tout dialogue est généralement refusé et ils sont brutalement licenciés, quelle que soit leur position hiérarchique et leur notoriété de chercheurs scientifiques de haut niveau – voir Etudes sur les blogs : http://jeanpaulmartin.canalblog.com/ et   http://inventionsalarie.neufblog.com/ . On voit ainsi des salariés de tous niveaux, du technicien non cadre au directeur R & D, de Production, directeur technique, conseiller scientifique du Président de l’entreprise, etc.… jetés sans ménagement à la porte de l’entreprise simplement pour avoir demandé une rémunération d’invention en rapport avec les profits que l’entreprise en a retirés.

Ce qui en dit long sur le mépris de leurs employeurs à leur égard.

Dans le cas d’Alstom cité plus haut, l’inventeur reçoit une prime symbolique de 500 euros bruts quelle que soit l’importance de l’invention et de son exploitation commerciale, son intérêt économique pour la société - voir la Note « Siemens et ses Brevets » sur les deux blogs précités -

Quel traitement discriminatoire en regard des services rendus ! Quelle injustice ! Faut-il continuer dans cette voie ?

La réponse est NON, bien évidemment !

Ces comparaisons de rémunérations supplémentaires distribuées entre les managers (nombreux) d’une part et les réels inventeurs (rares) d’autre part sont très intéressantes. Elles montrent bien l’état d’esprit rétrograde persistant encore dans les entreprises françaises.

«Une partie du monde patronal en est encore à une conception archaïque dans les relations inventeurs salariés - employeurs, presque digne de l’Ancien Régime ! » relève JF Campion  (3)

Ce n’est pas le cas dans les prospères entreprises allemandes – voir notamment le régime de rémunérations supplémentaires et aussi de reconnaissance des Inventeurs chez Siemens -

On peut comprendre la profonde déception des inventeurs constatant d’avoir en quelque sorte fait  « fausse route » … !

Ils ont plus que largement contribué aux profits de l’entreprise dans laquelle ils s’investissent, et ils constatent qu’on ne leur accorde qu’une piètre aumône (1000 euros) alors que leurs nombreux collègues managers en recueillent pour eux, tous les bénéfices par la copieuse distribution de stock- options : rétribution supplémentaire jusqu’à 1 à 3 fois leur salaire annuel selon les statistiques citées plus haut !!

  • Pour la toute petite poignée d’inventeurs salariés qui permettent aux dirigeants, managers et actionnaires d’encaisser de très considérables dividendes et plus- values de stock- options : 1000 à 3000 € (bruts soit 600 à 1800 euros nets après charges sociales et impôts)
  • Pour les centaines de managers de chaque Entreprise : chacun 400 fois plus que pour les inventeurs !!

Le pouvoir politique a-t-il – enfin - pris conscience de l’absolue nécessité de récompenser réellement les inventeurs salariés par un intéressement proportionnel aux revenus retirés de l’exploitation commerciale ou industrielle de leurs inventions ?

On peut l’espérer au vu de la création d’une commission - ou plutôt d’un « Groupe de travail » - le 9 novembre 2007, chargé par le ministre de la Propriété industrielle à cette date Hervé Novelli de formuler des propositions en ce sens pour les salariés inventeurs de l’industrie privée.

(NB. : Depuis avril 2008 le secrétaire d’Etat Hervé Novelli a été en tant que responsable de la Propriété industrielle remplacé par le Ministre de l’Economie, de l’Industrie et des Finances Christine LAGARDE).

Mais paradoxalement au sein de cette commission ou Groupe de travail « RS/IS » du CSPI chargée de préparer un rapport susceptible de servir de base à une future loi, les inventeurs salariés, qui sont l’objet même de cette commission, ne comptent pas même un représentant pour défendre leurs intérêts ! De sorte que quasiment tous les membres de ce Groupe de travail sont des représentants directs ou indirects du MEDEF et des milieux patronaux en général. Dont l’hostilité traditionnelle à toute mesure en faveur des inventeurs salariés est bien connue…et injustifiée.

Ainsi dans son Rapport du 9 mai 1978 le député Claude Martin indiquait déjà (page 8) que le problème des inventeurs salariés était évoqué au Parlement Français de façon récurrente depuis…1924 et laissait clairement comprendre que chaque tentative de faire adopter une proposition de loi sur ce sujet avait été rejetée !! .

De même, lors des débats à l’Assemblée nationale du 24 novembre 1977, le député André Boulloche tirait déjà la sonnette d’alarme sur la non- représentation des intérêts des inventeurs salariés en ces termes : « On peut se demander quelquefois si le point de vue des entreprises ne se trouve pas surreprésenté alors que les inventeurs salariés, mal organisés par nature, ne trouvent guère la possibilité de faire entendre leur voix. »

Les faits ci-dessus le prouvent : quand les grandes entreprises du CAC 40 accordent à chacun de leurs nombreux managers 400 fois plus de suppléments annuels de rémunérations qu’à leurs inventeurs salariés, qui ne sont qu’une poignée infime en regard des centaines, des milliers de managers, mais une poignée qui rapporte des centaines de millions d’euros de profits aux entreprises !

De quoi pour ces inventeurs être véritablement écoeurés par un traitement discriminatoire aussi injuste…

Les nombreux arguments avancés par les milieux patronaux pour se justifier sont aussi fallacieux qu’ineptes. L’Association des Inventeurs Salariés (AIS) a démontré leur inanité. Qu’on ne vienne pas avancer, notamment, que les entreprises françaises délocaliseraient si des mesures légales substantielles rendant justice aux salariés auteurs d’inventions sont adoptées !

Si ces menaces récurrentes étaient suivies de mises à exécution, les Groupes industriels qui les profèrent devraient depuis longtemps avoir délocalisé leurs centres de recherches et développement hors d’Allemagne et du Japon, pays où les inventeurs salariés bénéficient des lois les plus avantageuses pour eux.

Or lorsqu’on enquête sur ce point on constate qu’il n’en est évidemment rien ! Ce sont même au contraire ces deux pays qui hébergent souvent les centres de recherches, et ce en raison de la compétence et de la productivité de leurs chercheurs salariés...largement dues aux mesures légales incitatives qui ont institué des rémunérations supplémentaires substantielles de leurs inventions de mission !

Puisse l’étude comparative exposée ci-dessus, révélatrice d’une injustice aussi choquante qu’inacceptable, inciter les dirigeants du MEDEF/ CGPME/LEEM au sein du GT/IS du CSPI à réfléchir et à réajuster leurs positions !

Il en va de l’avenir de l’innovation en France, bien mal en point actuellement. Voir par exemple les difficultés actuelles dans l’industrie pharmaceutique, qui licencie des milliers de commerciaux, de visiteurs médicaux (Sanofi-Aventis, Pfizer…) parce que la recherche et développement en matière de nouveaux médicaments piétine, tandis que les brevets protégeant des blockbusters tombent un à un dans le domaine public. De sorte que les commerciaux se retrouvent en sureffectifs…

Est-ce par la poursuite d’une politique malthusienne et à courte vue en matière de rémunération supplémentaire d’inventions de salariés que l’industrie pharmaceutique pourra redresser sa situation ? Certainement pas.

YR – membre de l’Association des Inventeurs Salariés                                               -Juin 2008-

(1) http://www.lexpansion.com/economie/classement/stock-options.asp?idc=124716

(2)http://www.alstom.com/home/investors/financial_results/fy_2006_07_annual_results/43241.FR.php?languageId=FR&dir=/home/investors/financial_results/fy_2006_07_annual_results/

(3) http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=30593 

Par jean-florent campion
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Lundi 9 juin 2008 1 09 /06 /Juin /2008 12:28

par Jean-Paul MARTIN

European Patent Attorney

La CNIS fonctionne –t- elle de façon satisfaisante ?

Il est courant de lire et d’entendre une réponse affirmative, au motif que la majorité de ses propositions – décisions (20 à 25 par an) sont acceptées par les deux parties et ne donnent donc pas lieu à recours devant le Tribunal de Grande Instance.

Certes la plupart des propositions de la CNIS ne sont pas contestées devant le TGI. Mais pour autant il serait illusoire de croire que cela signifie que les deux parties sont satisfaites de ses propositions.

S’il en est ainsi c’est avant tout en raison du fait que la modicité relative des montants de rémunérations supplémentaires d’inventions accordés par rapport aux montants demandés, qui fait que les coûts de procédure élevés et les aléas d’une action judiciaire devant le TGI sont jugés par les salariés inventeurs disproportionnés au montant de rémunération supplémentaire (ou de juste prix) pouvant être escompté. De même les employeurs renoncent à contester devant le TGI des rémunérations supplémentaires  inférieures à 20 000 € même s’ils ne sont pas d’accord, car leurs frais d’avocats (sans compter le temps passé sur le dossier) dépasseront ce montant, de sorte qu’une procédure devant le TGI perd tout intérêt.

Ainsi les salariés se résignent, à contre- cœur, à la somme allouée par la CNIS bien qu’elle soit à leurs yeux généralement très insuffisante.

Inversement il arrive que l’employeur estime la rémunération supplémentaire excessive et introduise un recours devant le TGI.

Des précisions intéressantes ont été fournies sur ces points par Laurent Mulatier, secrétaire de la CNIS lors d’une Conférence à Paris (Espace Hamelin) le 11 avril 2005.

Dans 87% des cas la proposition de conciliation porte sur une invention de mission, et dans 13% des cas sur une invention hors mission attribuable.

Moyennes des rémunérations supplémentaires d’inventions de mission accordées par la CNIS de 1999 à 2004

1999 : 8000 €    (entre 6000 et 15000 €)

2000 : 10 000 € (entre 1350 et 22900 €)

2001 : 13000 € (entre 4570 et 24 280 €)

2002 : 7 500 € (entre 4000 et 22 200 €)

2003 : 15000 € (entre 2300 et 60 000 €)

2004 : 30 000 (entre 2800 et 100 000 €)

Moyennes des justes prix

1999 : 2500 €

2000 : 18000 €

2001 : 25000 €

2002 : 7500 €

2003 : 19000 €

Rapport entre les prétentions financières des inventeurs salariés et les montants accordés par la CNIS :

(Rapport entre les montants alloués et les montants demandés)

De 2001 à 2004 ce rapport a été compris entre 0,7 et 1/26.

Soit : 1/8,3   ,  1/5,3 ;  1/30 ;  1/6,2 ;  0,7 ;  1/26,3 ;  1/10 ;  1/10 ;  1/7,1 ;  1/62 ;  1/4,8 ;  1/11,3 ;  1/10,6

Dans l’affaire 2002/12 le montant demandé était de 5 260 000 €, le montant accordé a été de 200 000 € soit 1/26

Dans l’affaire 2004/12 le montant demandé était de 45000 €, le montant accordé a été de 32000 € soit un rapport de 0,7.

En gros plus le montant demandé est élevé, et plus le rapport du montant accordé à celui demandé faiblit…

Par ailleurs on se rend compte que le recours devant le TGI avec l’assistance d’un avocat spécialisé en PI (entre 10 000 et 25 000 € d’honoraires selon la complexité et les difficultés de l’affaire, mais s’il y a deux ou plusieurs co- inventeurs dans la procédure les frais sont allégés pour chacun) ne vaut guère les peines et soins d’un procès de 18 mois à 2 ans ou plus en 1ère instance si le montant en jeu espéré ne dépasse pas largement  40 000 €.

En effet même si le salarié obtient satisfaction devant le TGI, le montant accordé par le tribunal au titre de l’article 700 NCPC ne dépassera pas en général 5 à 10 000 € au maximum. Il ne compensera donc que partiellement ses frais d’avocat, qui viendront en déduction du montant de le rémunération accordée par les juges du fond.

Or la moyenne des montants alloués par la CNIS, bien qu’en progression notable d’année en année, n’était encore (voir les chiffres ci-dessus) que de 15000 € en 2003 et de 30 000 € en 2004 avec un pic de 100 000 €.

N.B.- La moyenne de 30 000 € par invention alloués par la CNIS en 2004 étant à comparer aux 30 000 € « royalement » accordés à chacun des co- inventeurs H. COUSSE et G. MOUZIN par l’arrêt de la Cour d’appel de Paris Cousse et Mouzin c/ Pierre FABRE du 24 novembre 2006 (définitif, PIBD- 844, III- 43) pour un chiffre d’affaire d’un médicament de 1,5 milliards d’euros sur les marchés internationaux et 100 millions de profits nets uniquement pour le Japon en 10 ans

Par jean-florent campion
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Jeudi 15 mai 2008 4 15 /05 /Mai /2008 12:21

Association des Inventeurs Salariés 58-60 rue Denfert- Rochereau 92100 BOULOGNE-BILLANCOURT

JORF 26 juin 2004, page 3118 JORF 19 août 2006, page 4071

Le 14 mai 2008

Madame la Ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi

139 rue de Bercy 75012 PARIS

Vos Réf. : SCP/E A/B 67635

Madame la Ministre,

Suite au courrier que j’ai adressé à Monsieur le Président de la République et qui vous a été transmis, je voudrais attirer votre attention sur une nouvelle situation préoccupante pour un Etat de droit.

Nous avons été sollicités de manière informelle pour être auditionnés devant un groupe de travail constitué au sein du Conseil Supérieur de la Propriété Industrielle (CSPI) dans le cadre du Code de la propriété intellectuelle.

A cette occasion nous avons réalisé que quatre représentants des intérêts des salariés, et deux inventeurs ou ingénieurs qui figuraient parmi les membres de ce Conseil, en avaient été exclus par l’effet du décret n° 2004-199 du 25 février 2004, et ont été « remplacés » par deux représentants des inventeurs indépendants qui, à eux deux, ne représentent que 10 à 15% de la totalité des inventeurs des premiers dépôts de demandes de brevets français ou européens désignant la France.

De plus l’un de ces représentants, nommé par l’arrêté du 17 avril 2007, n’est autre que le Président de l’Association des Spécialistes de Propriété Industrielle de l’Industrie (ASPI), et ne peut à ce titre prétendre représenter un quelconque inventeur « indépendant » vis à vis des grands groupes industriels.

Cette situation, légale certes, mais illégitime à nos yeux, ne peut résulter que d’un lobbying excessif qui a réussi à éliminer tout représentant des intérêts des salariés, après une présence ininterrompue de ceux-ci au sein du CSPI depuis 1947, soit pendant 57 ans.

Nous savons par expérience que les syndicats français ne s’intéressent pas de très …/… près aux inventeurs salariés (et c’est un euphémisme), du fait du petit nombre de ceux-ci comparé à celui de leurs adhérents, et aussi de leur caractère perçu par eux comme élitiste. A notre avis, ce ne sont pas des considérations suffisantes pour supprimer tous les postes réservés aux représentants des intérêts des salariés au sein du CSPI.

Conformément aux statuts publiés de notre association, nous voulons défendre les intérêts des inventeurs salariés, donc les intérêts d’au moins une partie de l’ensemble des salariés. De plus tous nos membres actifs sont des inventeurs, et souvent aussi des ingénieurs. Les intérêts que nous défendons représentent 85 à 90% de la totalité des inventeurs des premiers dépôts de demandes de brevets français ou européens désignant la France.

Nous souhaitons que le Gouvernement, sous l’autorité du Chef de l’Etat, établisse un nouveau décret introduisant au sein du CSPI trois représentants des intérêts des inventeurs salariés, et si possible, en supprimant le représentant des inventeurs indépendants dénoncé plus haut comme non représentatif de sa fonction, et qui serait en fait mieux à sa place parmi les personnalités représentant les intérêts du commerce et de l’industrie.

Nous vous prions de trouver, ci-joint, copie de notre réponse à l’invitation informelle provenant de deux membres du Groupe de travail constitué au sein du CSPI.

Nous joignons également nos propositions de mesures législatives pour éliminer la discrimination actuelle devant la loi entre inventeurs du secteur privé et du secteur public, et doper ainsi l’innovation industrielle en France.

Nous demeurons cependant demandeurs de tout dialogue ou concertation sous l’égide de, ou avec le Ministre chargé de la propriété industrielle ou son représentant, dans la transparence. Mais il n’est pas question pour nous de nous contenter d’exposer nos idées de manière confidentielle devant des personnalités représentant les intérêts du commerce et de l’industrie et leurs hommes liges, qui ne sont probablement pas étrangers à l’élimination pure et simple du CSPI des représentants des intérêts des salariés.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Madame la Ministre, l’expression de ma très haute considération.

Au nom de L’AIS, son Président

Jean-Pierre Kaplan

P.J. : Notre réponse informelle du 9 mai 2008 à l’invitation informelle du groupe de travail du CSPI Propositions de mesures législatives

A

M. de Monéstrol, représentant les inventeurs indépendants,

M. Sueur, représentant le MEDEF,

Au sein du Conseil Supérieur de la Propriété Industrielle (CSPI),

Messieurs,

J’ai étudié l’évolution de la composition du CSPI depuis sa création par décret en 1947 (Voir pièces jointes).

A l’origine, « les intérêts des patrons et des salariés » étaient équilibrés au sein de ce Conseil.Les personnalités représentant les intérêts des salariés ont été maintenues jusqu’au décret n°2004-199 du 25 février 2004, entré en vigueur le 3 mars 2004, soit pendant 57 ans sans interruption. Le décret 95-385 en vigueur jusqu’au 2 mars 2004 faisait état de la présence de quatre personnalités représentant les intérêts des salariés et de deux inventeurs ou ingénieurs. Le CSPI comportait alors 41 membres au total.Le décret n° 2004-199 du 25 février 2004 entré en vigueur le 3 mars 2004 a réduit le nombre de ses membres à 21, soit une réduction d’environ moitié.

La logique et l’équité concernant cette nouvelle composition auraient dû conduire au maintien de deux personnalités représentant les intérêts des salariés et d’un inventeur ou ingénieur (sans le qualificatif restrictif d’indépendant).

Au lieu de cette juste solution, il fut décidé, sous les signatures du Premier Ministre, M. Jean-Pierre Raffarin et du Ministre de l’économie, des finances et de l’industrie, M. Francis Mer, de supprimer purement et simplement la présence de toute personnalité représentant les intérêts des salariés, et par contre de nommer deux représentants des inventeurs indépendants, alors que ces derniers ne représentent que 10 à 15% des dépôts de demandes de brevets, les 85 à 90% des dépôts étant réalisés par les inventeurs salariés. Cette situation injuste a toute ma réprobation.

J’attribue cette situation qui déroge à une tradition de 57 ans à un lobbying excessif  qui n’est pas un bon exemple de gestion raisonnée.

Et maintenant que le CSPI ne comporte plus aucune personnalité représentant les intérêts des salariés, vous me proposez d’être auditionné dans le cadre du CSPI en tant que représentant des intérêts des salariés inventeurs, il y a matière à être surpris !

En tant que Président de l’Association des Inventeurs salariés (AIS) tant qu’un ou plusieurs représentants des salariés ne seront pas réintégrés par un nouveau décret au sein du CSPI, je considérerai que sa composition est illégitime même si elle est désormais légale.

Par voie de conséquence, je me vois dans l’obligation morale d’opposer actuellement un refus à votre invitation à  être auditionné devant le Groupe de Travail /Inventeurs Salariés (GT/IS) du CSPI.

En espérant que le nouveau Ministre chargé de la propriété industrielle sera sensible à ces  arguments, et à ceux faisant état de la discrimination entre salariés du secteur public et salariés du secteur privé devant la loi du 26 novembre 1990, je vous prie d’agréer, Messieurs, l’expression de ma considération distinguée.

Jean-Pierre Kaplan

Téléchargement Evolution_de_la_composition_du_conseil_sup-rieur_de_la_propri-t-_industrielle.doc

Téléchargement IScspiExpMotifsProposLoi18janv2008.doc

Téléchargement ISProjD-cretModCalculRS.doc

P.S. : Cette lettre et ses pièces jointes ont le caractère d’une lettre ouverte car elles seront ou ont été déjà publiées sur le Blog de notre association : http://inventionsalarie.neufblog.com/

Par jean-florent campion
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Samedi 19 avril 2008 6 19 /04 /Avr /2008 22:51
1) Loi allemande favorable aux inventeurs salariés attaquée par le patronat Dans le débat actuel lancé depuis janvier 2008 autour de la Commission GT/RS/IS du CSPI qui prépare son Rapport sur la réforme du système de Rémunération Supplémentaire des Inventions de salariés en France, un article intitulé "La loi allemande sur les Inventions de Salariés a-t-elle fait ses preuves ? " par Karl Meier, est cité par les milieux patronaux français. Qui s’appuient notamment sur cet article pour formuler des critiques récurrentes contre le système légal allemand de rémunération et d’incitation des inventeurs salariés…et par ricochet par prévention contre un nouveau système légal de rémunération supplémentaire des inventeurs salariés en France qui se rapprocherait du système allemand. C’est en effet l’objet même des discussions en cours dans le Groupe de Travail « Inventions de salariés » du Conseil Supérieur de la Propriété Industrielle. Il s’agit de la traduction en français d’une étude allemande, publiée en 1999 dans la revue « Echanges ASPI » de l’Association des Spécialistes de Propriété Industrielle de l’industrie française,. Cette longue étude de Karl Meier (18 pages) suscite de nombreuses observations. Dans l'immédiat nous formulons seulement les brefs commentaires ci- dessous ; disons le d’emblée : l’étude de Karl Meier, réquisitoire implacable, frappe par son caractère particulièrement agressif et même outrancier. Le Dr. Karl Meier a été pendant près de 20 ans directeur du Service Inventions de Salariés de la grande firme allemande de chimie HOECHST à Francfort, et donc de fait un représentant du point de vue du patronat allemand. Il a tout de même attendu d’avoir quitté HOECHST après sa fusion avec RHONE- POULENC en 1999 pour s’appeler AVENTIS (puis SANOFI- AVENTIS en 2004) pour publier des critiques particulièrement virulentes qui lui étaient restées sur le cœur, tout comme d’anciens salariés inventeurs qui « vident leur sac » après avoir quitté leur entreprise. On comprendra pourquoi à la lumière de ce qui suit. 2) Offensive contre la loi et les tribunaux allemands Karl Meier voit dans le système légal allemand des Inventions de Salariés un mal absolu, qui selon lui ne génère que des inconvénients pour les entreprises et pour l'économie allemandes, notamment : - des rémunérations supplémentaires d’inventions injustifiées (V. pages 11 à 13) car selon lui les chercheurs sont déjà payés pour chercher et ne font en somme que leur travail normal (argument éculé des milieux patronaux les plus rétrogrades mais stupéfiant de la part d’un Responsable Brevets d’une grande entreprise), - des charges administratives qu’il estime abusivement onéreuses et exigeant un travail qui les rend « insupportables » (page 5). Nous lui conseillons donc de lire l’analyse comparative ALSTOM/ SIEMENS publiée sur les sites www.inventionsalarie.neufblog.com et www.jeanpaulmartin.canalblog.com et de consulter le site Internet de SIEMENS afin de savoir comment l’on s’y prend chez SIEMENS pour gérer au mieux ces questions pour le plus grand profit de l’entreprise. Dans son tir sur la loi au canon Krupp de 210 Karl Meier accuse également les tribunaux allemands y compris la Cour Suprême de Karlsruhe (BGH) de « partialité au détriment des employeurs », et même les salariés inventeurs d’abuser de leurs droits par des « tracasseries » et du « chantage » exercés contre leurs malheureux employeurs (page 9). Au vu de griefs si nombreux et accablants, on commence à comprendre pourquoi Karl Meier a attendu d’avoir quitté l’entreprise pour publier cet article. Karl Meier cite deux auteurs à l’appui de ses thèses (pages 15/16) , le Pr d’économie du travail l’8nversité de Bochum E. Staudt et son étude parue en 1997 et le Pr de Gestion de la technologie et de l’Innovation à l’Université de Kiel K. Brockhoff (étude publiée en 1997). Il s’agit d’universitaires, qui ne sont donc pas des praticiens de la propriété industrielle. Les arguments de ces deux universitaires n’étant pas détaillés, il est difficile de se faire une idée de leur niveau de pertinence. Karl Meier ne se demande pas si le système allemand n’a tout de même pas depuis 42 ans généré aussi des effets positifs sur l’innovation et l’industrie allemandes. Une réponse négative est pour lui évidente : « la loi allemande de 1957 est un handicap pour l’innovation et pour l’économie allemandes» ! Il en demande donc purement et simplement la suppression et son remplacement par une liberté contractuelle totale entre employeurs et chercheurs salariés de clauses sur les inventions, dans les contrats de travail individuels et dans des accords d’entreprise. 3) Raisons du souhait d’un système ultra- libéral Autrement dit le système américain ultra- libéral, celui de la liberté du renard dans le poulailler, la loi de la jungle, celle du plus fort qui dispose du meilleur « bargaining power » d’imposer sa volonté. Ou comme en France avant les lois du 13 juillet 1978 et du 26 novembre 1990 sur les brevets. Avec à la clé les résultats que l’on connaissait avant 1978 en matière d’innovation et de dépôts de brevets. En France aussi comme actuellement pour les conventions de stagiaires, d’étudiants, de doctorants imposées sans discussion possible à ceux- ci sous peine de se voir refuser purement et simplement le stage : voir nos Notes sur le présent blog www.jeanpaulmartin.canalblog.com rubriques « Inventions de stagiaires » notamment celle en date du 22 mars 2008. Système ultra- libéral dans lequel, il faut le reconnaître en toute honnêteté les étudiants, stagiaires et doctorants ne disposent d’aucun moyen de négociation devant un Etablissement ou une entreprise puissamment outillé par des juristes rémunérés pour défendre ses intérêts. En outre sauf exception même un chercheur du secteur privé ayant acquis une notoriété internationale en raison de son haut niveau scientifique reconnu, n’est pas en mesure de négocier sérieusement des conditions satisfaisantes avec son employeur. Il n’est même pas à l’abri d’un licenciement brutal, arme absolue de l’employeur en cas de désaccord ou même de simple demande du chercheur d’application de ses droits légaux à rémunération supplémentaire. D’anciens chercheurs salariés sont bien placés pour l’avoir appris à leurs dépens, comme MM. Jean-Pierre RAYNAUD, Henri COUSSE, Gilbert MOUZIN, Thierry GARCIA…. Dont les litiges avec leurs ex- employeurs ont été analysés sur le présent blog www.jeanpaulmartin.canalblog.com , dans notre ouvrage « Droit des inventions de salariés » Ed. Litec octobre 2005, 3ème édition, ainsi que dans divers articles de la presse juridique. Enfin nombre d’employeurs prétendent encore souvent ignorer la loi (V. par exemple « La Tribune », 3833, 22 janvier 2008, p.14 « Souvent un employeur pense que les inventions de son personnel font partie intégrante de la propriété de l’entreprise. Et que les salaires mensuels versés suffisent. ») et ne pas admettre cette obligation légale existant en France depuis… la loi du 26 novembre 1990( !). C’est bien évidemment pour se trouver totalement libres et « maîtres du jeu » vis-à-vis des chercheurs salariés que les milieux patronaux internationaux réclament périodiquement la suppression des lois gênantes pour eux car protectrices des droits des salariés inventeurs, comme en Allemagne et au Japon. 4) Résistance des gouvernements allemands et japonais aux attaques contre les lois sur les inventeurs salariés Mais c’est alors aux gouvernements que revient dans l’intérêt national la responsabilité de résister à ces pressions dictées par le seul intérêt personnel de dirigeants soucieux de préserver leur revenu maximum. Revenu qui à leurs yeux n’est jamais exagéré par rapport à celui de leurs inventeurs salariés même éminents : pour la seule année 2007 une enquête a établi que les P.-DG et hauts dirigeants des grandes entreprises françaises ont vu leurs revenus augmenter de 30 à 40%... Les gouvernements allemands depuis 1957 et japonais depuis 1959 et c’est tout à leur honneur ont bien compris que l’intérêt personnel des dirigeants d’entreprises ne se confond pas avec l’intérêt général du pays dont ils ont la charge. Ils ont su donner l’exemple de la priorité de l’intérêt national sur les intérêts pécuniaires personnels des dirigeants des grandes entreprises en résistant efficacement à leurs pressions. Ainsi en Allemagne la tentative du patronat de faire abroger la loi de 1957 après l’article de Karl Meier de 1999 a échoué, avec l’aide des syndicats allemands. Au Japon en 2002/2005 les dirigeants de la grande industrie ont conduit une large offensive contre la loi sur les inventons de salariés. Ils ont réclamé son abrogation et son remplacement par une liberté contractuelle complète entre chercheurs individuels et employeurs, en vantant les vertus présumées de ce système ultra- libéral ( V. Y. Lee et M. Langley , « Employees Inventions : Statutory Compensation Schemes in Japan and the United Kingdom » 2005, E.I.P.R. 250). John Tessensohn (E.I.P.R. 122 Letter to the Editor, 2006) conteste vigoureusement cette thèse pro- employeurs ; Y. Lee et M. Langley lui répliquent : « Author’s Reply ; 2006, EIPR page 125. V. aussi nos études sur le présent blog www.jeanpaulmartin.canalblog.com , rubrique « Inventions de salariés au Japon »). Cette offensive patronale contre les inventeurs salariés a été enrayée par le gouvernement japonais avec l’appui du grand public japonais alerté par Internet et par les grands medias par publication sur Internet du projet de loi avant son dépôt à la Diète japonaise (impensable en France !). La loi japonaise (Article 35) fut amendée pour tenir compte de décisions de la Cour suprême de Tokyo relatives à des litiges entre inventeurs salariés et leurs employeurs, exigeant une fixation des montants des rémunérations supplémentaires d’invention par une négociation réelle entre inventeurs et employeurs. A ce propos certaines affaires comme le litige NICHIA c/ Shuji NAKAMURA (inventeur de la Blue LED) ont fait grand bruit en Europe et aux USA où les rémunérations supplémentaires accordées par les tribunaux japonais aux inventeurs ont été dénoncées comme scandaleuses : la plus connue étant les 190 millions US $ en 1ère instance à NAKAMURA, ramenés à 8 millions $ le 11 janvier 2005 sur transaction en appel. Mais ceux qui s’en indignaient s’abstenaient de mentionner les primes d’invention en forme de misérables aumônes à des inventeurs émérites traités comme des laquais, avant que le litige soit porté devant le tribunal pour ces inventions éminentes, qui avaient rapporté d’énormes profits à leurs employeurs – par exemple NICHIA réalisait 60% de son CA total grâce à la seule invention de la Blue LED par NAKAMURA : - pour Shuji NAKAMURA US $ 180 - pour Koichi TANAKA Prix Nobel de chimie 2002 pour son invention… US $ 100 ( !) (V. John Tessensohn, cité supra, p. 123) - pour NARUSE inventeur de l’aspartame qui dans une interview dénonce publiquement la mesquinerie de son employeur AJINOMOTO (J. Tessensohn, cité supra, p. 122) etc... On est bien loin des abus en faveur des salariés inventeurs japonais complaisamment dénoncés. 5) Tentative discutable de déconsidération de la loi allemande de 1957 Pour en revenir à Karl Meier, cet auteur n'hésite pas (V. page 4) à tenter de déconsidérer moralement la loi allemande de 1957 sur les inventeurs salariés (et donc indirectement ces derniers) en insistant sur le fait que cette loi trouve sa filiation dans des ordonnances du IIIème Reich nazi de 1942/1944 de Speer/Göring/Hitler (page 4). Donc pour Karl Meier, une filiation honteuse. Ces ordonnances de guerre avaient pour objectif de stimuler la conception d'armes nouvelles pour la Wehrmacht, la Kriegsmarine et la Luftwaffe par des primes d'invention aux chercheurs salariés de l'industrie d'armement. Objectif qui a du reste été atteint en 1944/45 - V1, V2, chasseurs à réaction Me 262 les premiers au monde, torpilles acoustiques, snorkel etc...- et qui confirme l'efficacité de ces mesures: mais cela K. Meier n'en dit pas un mot ! En tout cas de la part de K. Meier, procédé honteux, irrecevable que tenter de disqualifier le système allemand des inventions de salariés parce qu'il est issu d'ordonnances prises pendant la Seconde Guerre mondiale par les dirigeants nazis. N.B. - Notons que sous la direction du Service des Inventions de salariés par Karl Meier, de 1980 à 1999 les dépôts de demandes de brevets européens au nom de HOECST AG (DE) ont constamment chuté, de 172 en 1981 à…8 en 1999 ( !) (source : esp@cenet ). Ces dépôts ont donc été divisés d’abord par 2 puis par 10 pour arriver à une division finale par...21,5 ! Résultats véritablement catastrophiques, dont a priori les causes ne sont pas identifiées, mais qui néanmoins auraient dû inciter Karl Meier à davantage de modestie et de discrétion après son départ de HOECHST en 1999. Comment au vu d’un pareil bilan peut- on se présenter en procureur/donneur de leçons ? Et comment peut-on le prendre comme référence pour la politique à suivre en France comme on le fait dans les milieux patronaux ? 6) Performances supérieures de l’industrie et de l’innovation allemandes, faiblesse de l’industrie française Karl Meier ne dit pas non plus un seul mot des remarquables performances de l'industrie allemande. Le « handicap à l’innovation » que selon K. Meier constitue la loi allemande sur les inventions de salariés n’a nullement comme il aurait dû logiquement le faire selon le sombre diagnostic de K. Meier, empêché l’industrie allemande de devenir championne d'Europe des exportations et de constamment réaliser une balance commerciale largement excédentaire ! Dans ses 18 pages de tir de barrage contre la loi allemande Karl Meier dit-il aussi quelque chose du n°1 allemand de l'innovation et des dépôts de brevets en Europe, SIEMENS - qui dépose 10 fois plus de brevets que ALSTOM pour les mêmes activités ? Non, pas un seul mot...K. Meier se contente d'assouvir sa rancoeur après 20 ans contre une loi et des décrets qui l'ont contraint à effectuer des tâches administratives qui ne lui plaisaient pas et qu'il dénonce comme abusives. Il accuse les inventeurs salariés de « chantage » et de « tracasseries ». Le « handicap pour l’innovation et l’économie » n’aurait-il pas plutôt pour la société HOECHST été son directeur Brevets Karl Meier à en juger par ses résultats au long de ses 19 années de présence à la tête de ce Service ? Si l’on suit le raisonnement de K. Meier la France, qui n’a pas une loi handicapante en faveur des inventeurs salariés comme la loi allemande, devrait être championne d’Europe de l’innovation et des dépôts de brevets et l’Allemagne devrait être en queue de peloton du fait du « handicap » de son système trop favorable aux inventeurs salariés … Or c’est tout le contraire que l’on constate !… Alors que la France a battu des records de déficit de sa balance commerciale en 2007 (39 milliards d'euros) et dépose péniblement quelque 14000 demandes de brevets par an, l’Allemagne accumule les excédents commerciaux et détient le leadership européen de l'innovation et des dépôts de brevets (58000 demandes de priorité, 25 500 demandes de brevets européens) Les inconvénients rédhibitoires de la loi allemande selon Karl Meier ont- ils empêché depuis 50 ans les entreprises allemandes de déposer 4 à 10 fois plus de brevets de priorité 3,2 fois plus de brevets européens que leurs homologues françaises, 6 fois plus de brevets européens que les entreprises anglaises ? Plutôt que de se lancer dans des affirmations aussi fantaisistes et nier l’évidence en soutenant que le système légal allemand des inventions de salariés constituerait un « handicap pour l’innovation et pour l’économie », le Dr Karl Meier eut été plus crédible s’il avait reconnu qu’il stimule puissamment les chercheurs, l’innovation et les dépôts de brevets et ainsi contribue largement aux performances supérieures et au dynamisme de l’industrie allemande. 7) La loi allemande de 1957 a bien fait ses preuves, les décrets français de 1996 et 2001 pour le secteur public aussi Donc, contrairement à ce que prétend Karl Meier, oui la loi allemande de 1957 a fait ses preuves ! La position de leader européen de l’Allemagne en matière de dépôt de brevets, d’innovation et de puissance de son industrie, que Karl Meier devrait bien connaître comme citoyen allemand le confirme. Sans doute peut-on trouver des défauts dans le système légal allemand, par exemple de nature administrative, comme dans toute œuvre humaine ! Quel dispositif n’en a pas et n’est pas perfectible ? Mais de là soutenir comme le fait Karl Meier qu’il est globalement nuisible à l’innovation et à l’économie et qu’il faut purement et simplement l’abroger pour laisser la place à une totale liberté contractuelle, c’est atteindre les limites du déraisonnable. On ne peut que déplorer une telle partialité dans l’étude de Karl Meier qui nie l’évidence, fournissant ainsi en France aux milieux défavorables aux droits des inventeurs salariés des arguments inespérés mais trompeurs. A première vue sérieux pour des personnes mal informées et/ou dépourvues de sens critique, mais dont le caractère outrancier ne résiste pas à l’examen. En France grâce aux décrets de 1996, 2001 sur l’intéressement des inventeurs fonctionnaires aux revenus d’exploitation de leurs inventions, le CNRS a triplé ses dépôts de brevets et multiplié par 16 ses rentrées de redevances de licences. Pour reprendre la question du Dr Meier, le système français dans la recherche publique a-t-il fait ses preuves ? Oui incontestablement ! Et si l’on doit relever des difficultés dans la recherche mixte public/privé (certains programmes de recherche mixtes doivent être abandonnés en raison de la trop grande distorsion de rémunération supplémentaire d’inventions entre chercheurs du public et chercheurs du privé), la conclusion à en tirer est qu’il faut aligner ou du moins rapprocher le système de rémunération supplémentaire des d’invention des salariés du privé de celui du public afin de réduire les distorsions. Jean-Paul Martin European patent Attorney Docteur en droit Le 15 avril 2008
Par jean-florent campion
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Vendredi 7 mars 2008 5 07 /03 /Mars /2008 17:50

Association des Inventeurs Salariés (A.I.S)                                26 février 2008      

58- 60 rue Denfert- Rochereau

92100- BOULOGNE - BILLANCOURT.

http://inventionsalarie.neufblog.com/

Monsieur le Ministre,

Vous venez de former au sein du CSPI un groupe de travail « inventions de salariés ».L'AIS (Association des Inventeurs Salariés) salue cette démarche nouvelle de la part des pouvoirs publics.

Il est cependant regrettable que ce groupe de travail ne comprenne pas l'ensemble des parties prenantes et en premier lieu les inventeurs salariés.

La situation est maintenant bien connue, la France est en perte de vitesse dans l'innovation technologique. Aucun groupe industriel français ne figure dans les 10 premiers déposants de brevets à l'OEB (Office européen des brevets) et à l'USPTO (US Patent Office).

Les sociétés françaises déposent en général entre 4 et 10 fois moins de brevets que leurs concurrentes allemandes.

Où doit-on chercher l'explication du manque d'intérêt des chercheurs salariés français envers les dépôts de brevet ? Point n'est besoin d'aller imaginer comme on le fait souvent des explications philosophiques ou « culturelles » !! Dans la plupart des cas l'ingénieur français n'a aucun intérêt financier à réaliser et protéger des innovations/inventions pour son entreprise.

L'Association des Inventeurs Salariés regroupe d'éminents chercheurs inventeurs qui au-delà d'obtenir une juste rétribution de leur travail s'inquiètent de la mauvaise santé de l'innovation en France et des conséquences désastreuses que cela va impliquer pour notre économie dans un futur proche.

Nous demandons en urgence aux décideurs de notre nation de prendre les mesures législatives appropriées pour encourager les inventeurs salariés et stimuler l'innovation en France. Nous proposons dans le dossier ci-joint un mode de calcul de la rémunération supplémentaire des inventions de salariés proportionnel au chiffre d'affaire lié à l'exploitation de l'invention.

Sincères Salutations

Rédacteurs

Henri Cousse                              

Vice-président de l'A.I.S 

Jean-Paul Martin                                             

Membre d'honneur de l'A.I.S      

Jean-Florent Campion

Membre de l'A.I.S

Le dossier joint rassemble une proposition des modalités de calcul de !a rémunération supplémentaire d'invention de salarié ainsi que les points de vue d'éminents spécialistes en propriété industrielle, de membres spécialisés de la magistrature et d'inventeurs.

Par jean-florent campion
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